Contribution à l’enquête publique « CDT Paris-Saclay » par J.O. Klein

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partage_busPuisque cela a déjà été précisé dans d’autres contributions, je n’insisterai pas d’avantage ici sur l’hypocrisie d’une consultation portant sur un contrat dont une partie est déjà démarrée, l’autre indéfinie, à la géométrie aussi variable que les motions annexées, mais qui ne s’abaisse tout de même pas à évoquer son financement. 

Je questionnerai en revanche, le fond, l’utilité de ce grand projet pour l’intérêt général. Des milliards vont y être engloutis, des hectares des meilleures terres agricoles supprimés, pour quoi faire ? 

Deux motivations principales : 
- A l’échelle académique, il s’agit de doter d’une forte attractivité internationale la future « Université Paris-Saclay ». 
- A l’échelle économique, il s’agit de créer un « cluster » pour que la recherche académique se transfère enfin en innovation sonnante et trébuchante pour notre croissance. 
Or les deux sont des chimères. 

L’attractivité internationale d’une université se mesure désormais par le trop célèbre classement de Shanghai. Deux chercheurs chinois pressés par leur président d’Université de produire un classement l’ont expédié dans l’urgence en s’appuyant sur cinq critères supposés mesurer la renommée scientifique. Chacun s’accordent sur l’absurdité d’un classement que ne s’intéresse pas du tout aux formations, ce qui est pour le moins singulier pour évaluer des universités, et, à 90%, ne fait qu’additionner prix et publications sans les mettre en rapport du nombre de chercheurs, créant une distorsion incongrue en faveur des très grosses structures. Au demeurant, la principale pertinence des critères retenus étaient d’être immédiatement disponibles sur internet.  

Malheureusement, dans un monde qui adore les critères quantitatifs, le classement de Shanghai est devenu l’alpha et l’oméga de l’enseignement supérieur et de la recherche, de ses ministres et de ses présidents d’Universités. L’Université idéale serait donc uniquement peuplée de chercheurs et d’étudiants en thèse, sans formations de licences, à peine de masters, et aussi gigantesque que possible, peu importe sa totale ingouvernabilité. Comme il serait difficile de faire avaler aux chinois que toutes les universités françaises ont subitement fusionné pour n’en faire qu’une, nous avons d’abord eu les PRES puis la COMUE « Université Paris-Saclay ». Les chinois n’ayant pas accepté de reconnaitre nos PRES dans leur classement, il faut maintenant que des écoles déménagent physiquement et rejoignent une super-structure comprenant le CEA et l’ONERA et artificiellement nommée « Université ». 
D’où ma première question : En quoi est il utile à l’intérêt général de dépenser des milliards de fonds publics et de détruire les terres agricoles les plus riches de l’ile de France pour gagner quelques places dans un classement stupide. 
En outre, parler de « l’attractivité » alors que l’Université Paris-Sud, étranglée par les politiques d’austérité, est contrainte au gel des recrutements pour équilibrer ses comptes, voilà qui relève d’un certain cynisme.
Deuxième point, le cluster Paris-Saclay, doit devenir la nouvelle Silicon Valley à la Française. Il s’agit de colocaliser des sites de recherche académiques et industriels pour que les premiers bénéficient aux seconds. Pour cela, des décideurs inspirés ont théorisé l’idée que le centre névralgique sera la cafétéria d’un « learning center » où les startups vont bourgeonner et se multiplier comme des petits pains, à la grâce des discussions autour de la machine à café. Mettons de côté que l’innovation industrielle n’est pas la seule mission de la recherche. C’est tout de même une vision particulièrement naïve des processus à l’œuvre dans le développement des collaborations pouvant conduire aux transferts technologiques. Les chercheurs et les industriels n’ont heureusement pas besoin d’être physiquement voisin de café pour collaborer. Là n’est pas le frein à l’innovation. La préférence des banques pour la spéculation à court terme au détriment des investissements dans des startups est un point bien plus décisif à cet égard. En outre, même la fameuse « Silicon Valley » n’est pas concentrée dans un cercle de 7km de rayon comme le serait le campus Paris-Saclay concerné par ce CDT. La Silicon Valley s’étend sur 30km à 40km, mais avec la ségrégation qui y règne, entre quartiers d’ultra-riches, clôturés, sous surveillance vidéo, et jungles de bidonvilles, ce n’est pas un exemple à suivre en matière de mixité sociale. D’ou ma deuxième question : A part pour partager des cafés, à quoi sert-il vraiment  de déménager des écoles d’ingénieurs et des centres de recherche ? Par exemple, celui d’EDF dont les employés ne doivent pas voir d’un très bon oeil de quitter leurs locaux pour s’exiler sur un plateau venteux, peuplé de corbeaux, dont les voix d’accès sont déjà saturées soirs et matins ? Est-ce vraiment un bon usage des deniers publics et un aménagement du territoire judicieux ? 

Contribution à l’enquête publique  « CDT Paris-Saclay » par Jacques-Olivier Klein